Sur le boulevard Nyamwisi et dans plusieurs parkings de Beni, les policiers arrêtent les motos chargées de deux clients et font descendre les passagers en surnombre. La scène se répète depuis trois jours, a constaté le mercredi 21 octobre un reporter de Radio Okapi dans les rues de cette ville du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.
La mesure émane du gouverneur militaire de la province. Elle s’inscrit dans le dispositif de riposte contre la maladie à virus Ebola, dont les cas continuent d’augmenter dans la zone Beni-Butembo-Lubero, selon les autorités, qui invoquent la nécessité de réduire les contacts rapprochés entre usagers.
Les conducteurs, eux, comptent déjà le manque à gagner. Plusieurs d’entre eux disent approuver le principe sanitaire tout en redoutant une chute de leurs recettes quotidiennes. « Cette mesure sanitaire est bonne, mais elle a un impact négatif sur notre travail », confie un motocycliste cité par Radio Okapi. Le même craint que des clients voyageant seuls refusent de payer le tarif habituel, en invoquant leurs difficultés d’argent. Aucun barème officiel n’accompagne la décision.
Côté passagers, l’arithmétique est inverse mais le résultat identique. Beaucoup avaient pris l’habitude de monter à deux sur une même machine et de partager la course. Sur les liaisons Beni-Oïcha ou Beni-Butembo, des habitants estiment qu’ils auront du mal à assumer seuls le prix du trajet.
La règle bouscule aussi l’organisation des familles. Les parents qui déposent leurs enfants à l’école en moto devront multiplier les allers-retours, donc les courses payantes, pour un même déplacement du matin.
À Beni comme dans la plupart des villes de l’est congolais, le taxi-moto n’est pas un appoint : c’est le transport public principal, et la source de revenu de milliers de jeunes conducteurs. Toute règle qui touche au nombre de passagers touche donc directement au pouvoir d’achat, des deux côtés du guidon. La ville avait déjà été l’un des foyers de l’épidémie d’Ebola déclarée dans le Nord-Kivu en 2018, dans un contexte d’insécurité armée qui avait entravé la riposte sanitaire.
Les autorités maintiennent la disposition, qu’elles rangent parmi les mesures de prévention essentielles. Jusqu’à quand ? Aucune échéance n’a été communiquée, et rien n’indique qu’un ajustement des tarifs soit envisagé pour les conducteurs. Les contrôles, eux, continuent sur le boulevard Nyamwisi.