Il était environ 2 heures du matin. Un premier pan de la décharge s’est détaché vers la ruelle qui mène au radar, dans la commune de Ratoma, emportant les baraques dressées au pied du monticule de déchets. Des ressortissants sierra-léonais y dormaient, indiquent des habitants du quartier. Une seconde coulée a suivi quelques minutes plus tard, atteignant cette fois des maisons en dur situées à proximité immédiate du site.
« Il y a eu un éboulement aux environs de 2 heures. Ça s’est passé deux fois. Beaucoup de personnes étaient couchées ici dans les baraques », raconte Thierno Mamoudou Barry, qui a assisté à la scène. Les riverains ont creusé eux-mêmes, à mains nues, avant l’arrivée des secours. « Ceux qu’on a pu sortir avec nos mains, on l’a fait. Donc, on attend les autorités pour que ceux qui sont en bas puissent être extraits, ainsi que l’étage qui a été touché », ajoute-t-il, précisant que deux corps ont été retirés d’un bâtiment et des blessés conduits à l’hôpital.
Yamoussa Camara, lui, dit avoir été réveillé par la première secousse. « On dormait lorsqu’il y a eu le premier éboulement. On parlait de plusieurs morts, ça criait. C’est dans ça qu’il y a eu un deuxième éboulement », relate-t-il. Le rescapé se trouvait près du bâtiment à étage qui s’est affaissé. « On avait un grand là-bas, mais lui aussi, il est mort. C’est lui-même qui nous a montré qu’il y a un deuxième éboulement qui arrivait », poursuit-il, avant de reconnaître : « En toute sincérité, on ne connaît pas le nombre de morts. »
Au moins dix personnes ont péri et dix corps ont déjà été extraits des décombres, rapporte Mosaïque Guinée, qui indique que les recherches se poursuivaient sur le site. Sur place, les habitants interrogés disaient ignorer combien de personnes restaient ensevelies. Aucun bilan officiel n’avait été communiqué par les autorités guinéennes.
Dar-Es-Salam n’est pas un simple terrain vague. Le site absorbe les ordures de la capitale guinéenne, et son relief s’élève au fil des années jusqu’à surplomber les habitations qui se sont installées à ses abords. Autour de cette montagne s’organise une économie de la récupération : plastiques, métaux, ferraille, revendus à des intermédiaires. Ce travail attire une main-d’œuvre pauvre, guinéenne et étrangère, dont des ressortissants de la Sierra Leone voisine, qui dorment au plus près du gisement pour ne pas perdre l’accès aux arrivages.
Les pouvoirs publics avaient pourtant fait évacuer les abris installés au bas de la pente. La mesure n’a pas tenu. « Les autorités avaient fait dégager les baraques ; mais, les Léonais venaient toujours monter des petites bases pour y passer la nuit », observe Thierno Mamoudou Barry. Chassées le jour, les cabanes se relevaient la nuit, faute d’alternative pour ceux qui vivent du tri des déchets.
Les fouilles continuent. Reste à savoir qui, cette fois, empêchera les baraques de repousser au pied de la montagne d’ordures.