Felix Morka, secrétaire national à la communication de l’All Progressives Congress (APC), est venu éteindre l’incendie sur Primetime, une émission d’Arise TV. Alwan Hassan, porte-parole du conseil de campagne présidentielle du parti, lui aurait expliqué après coup que sa remarque renvoyait à une pratique ancienne. « Ce à quoi il faisait référence ne concernait pas vraiment ce gouvernement, il parlait dans un contexte historique », a déclaré Morka.
La phrase qui a déclenché la polémique est pourtant sans détour. Interrogé sur la même chaîne, Alwan Hassan avait dit : « La façon dont Asiwaju suit de près la dépense de nos recettes est fantastique et j’adore cela. Beaucoup de ministres paient des milliards et des milliards, vous savez, pour se faire nommer. La première chose à laquelle ils pensent, c’est comment récupérer cet argent. » Asiwaju est le titre sous lequel est couramment désigné le président Bola Tinubu.
Morka, lui, a retourné l’argument sous forme de calcul. Comment un ministre qui aurait versé des milliards de nairas pourrait-il les récupérer dans le cadre budgétaire nigérian ? « Je ne crois pas que ce soit quelque chose que, personnellement, je sois même prêt à imaginer », a-t-il dit, estimant que son camarade de parti avait « mélangé des systèmes » et que son propos « était antérieur à l’APC ».
Le responsable de la communication a tenu à distinguer deux choses. Le démarchage en vue d’une nomination existe dans d’autres démocraties, a-t-il relevé, citant les cabinets américains payés pour défendre des candidatures à des postes publics. « Le problème, c’est quand le lobbying est monétisé, quand des gens paient des intermédiaires ou des individus influents pour obtenir des nominations », a ajouté Morka.
Au Nigeria, un ministre n’arrive pas seul au gouvernement. Le président le nomme, le Sénat le confirme, et la Constitution impose qu’au moins un ministre soit originaire de chacun des 36 États de la fédération, un principe dit de « caractère fédéral » destiné à équilibrer les régions. Ce double filtre, politique et parlementaire, rend la négociation d’influence difficile à tracer, mais il n’exclut pas le démarchage en amont des listes.
L’enjeu n’est pas seulement moral. Les ministères fédéraux pilotent l’exécution de marchés publics et de programmes d’investissement financés par le budget fédéral, dont le pétrole reste la principale source de devises. Toute suspicion sur la manière dont les portefeuilles sont attribués pèse sur la crédibilité de cette dépense, au moment où Abuja cherche à rassurer investisseurs et bailleurs sur la gestion de ses recettes.
Selon Felix Morka, c’est à Alwan Hassan lui-même qu’il reviendra, le moment venu, de dire ce qu’il avait en tête. Aucune échéance n’a été indiquée pour cette mise au point.