Quatorze coopératives, cinq régions, près de 3 200 hectares emblavés. Le programme « Grenier du maïs », déployé en 2026, a rempli sa part du contrat : produire. L’atelier organisé à Dakar portait sur la suite, celle qui décide du revenu réel du planteur, à savoir la conservation, le financement et la vente de cette récolte.
« J’attends donc que l’on travaille sur une feuille de route opérationnelle avec des engagements précis, des responsabilités pleinement définies, des objectifs partagés et des modalités de suivi », a déclaré Issa Wade, directeur de l’Organe de régulation des systèmes de récépissé d’entrepôts (ORSRE), devant des producteurs, des représentants d’institutions financières, des industriels et des acteurs de la régulation.
Le mécanisme est connu ailleurs sur le continent, moins au Sénégal. Une coopérative dépose sa récolte dans un entrepôt agréé, où les stocks sont contrôlés et conservés selon des exigences de qualité ; le récépissé qui lui est remis vaut alors garantie auprès d’une banque. « Le producteur dispose ainsi de liquidités sans avoir à céder sa récolte et peut commercialiser au moment choisi, selon les opportunités du marché et les engagements de ses acheteurs », explique le directeur de l’ORSRE, selon l’Agence de presse sénégalaise. Il y voit « un instrument de financement et de circulation des chaînes de valeur agricoles », et non un simple dispositif de stockage.
Pourquoi ce détour par l’entrepôt ? Parce qu’au moment de la récolte, quand l’offre afflue, le prix au producteur est au plus bas et que celui qui doit rembourser ses intrants vend quand même. Le conseiller technique du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Ibrahima Athie, a posé le problème sans détour : « Si le producteur est contraint de vendre dans l’urgence, si la coopérative n’a pas les moyens de collecter au moment de la récolte, si le crédit de campagne n’est pas disponible, alors nous aurons réussi une saison agricole, mais manqué les réformes. »
Reste le nerf de l’affaire : la vitesse à laquelle l’argent arrive. « Nous devons travailler avec la Banque agricole et les autres institutions financières à réduire les délais de financement et à rendre les procédures plus prévisibles », a indiqué Issa Wade, qui a aussi appelé les industriels et les minotiers à renforcer leurs engagements d’achat pour donner de la visibilité aux coopératives. Sans acheteur identifié, un stock entreposé reste un stock immobilisé.
L’enjeu dépasse la seule filière. Le Sénégal importe du maïs, matière première de l’alimentation animale et de la minoterie, et le gouvernement entend réduire cette dépendance « non pas en fermant nos frontières, mais en produisant mieux, en quantité suffisante et à des coûts qui tiennent la compétition », a affirmé Ibrahima Athie. Le volume de ces importations n’a pas été précisé lors de l’atelier.
Une filière ne se décrète pas depuis un ministère. Elle se construit entre ceux qui produisent, ceux qui financent et ceux qui transforment.
Ibrahima Athie, conseiller technique du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage
La prochaine échéance est courte : les entrepôts agréés, les contrats d’achat et les lignes de crédit devront être en place avant que la campagne de commercialisation 2026-2027 ne s’ouvre. Les coopératives du « Grenier du maïs » attendent de voir. Elles jugeront au premier décaissement.