Quatre heures de marche. C’est le temps qu’il a fallu aux équipes engagées pour traverser un terrain difficile et une palmeraie dense avant d’atteindre le camp visé, à Amiyi, dans la zone de gouvernement local d’Ogbaru, selon le communiqué du porte-parole de la police de l’État d’Anambra, le commissaire adjoint Ikenga Tochukwu. Les forces disent avoir agi sur la base de renseignements jugés fiables.
L’opération réunissait plusieurs services : l’unité d’intervention rapide de la police fédérale, le Département des services de l’État (DSS, le renseignement intérieur), le 302e régiment d’artillerie basé à Onitsha, des marins de la marine nigériane et des agents d’Agunachamba, la structure de sécurité mise en place par l’État d’Anambra.
D’après le même communiqué, les occupants du camp ont ouvert le feu dès qu’ils ont aperçu les militaires et les policiers, et l’échange de tirs s’est prolongé. La police affirme avoir tué six membres du groupe ; d’autres auraient fui avec des blessures par balle. Les agents ont récupéré deux fusils à pompe et des amulettes, puis démantelé le camp.
Les forces engagées ont aussi payé un prix. Un engin explosif, que la police soupçonne d’avoir été enfoui sur place, a explosé pendant l’opération : il a tué un agent et en a blessé un autre. Le communiqué ne précise ni le service auquel appartenait la victime ni la nature exacte de l’engin.
Le commissaire de police de l’État d’Anambra, Nnanna Oji Ama, a salué le courage et le professionnalisme des personnels malgré la difficulté du terrain. Il y voit, selon le communiqué, une nouvelle illustration de l’utilité du partage de renseignements, de la coopération entre services et du soutien des habitants pour démanteler les bases de groupes violents. Il a présenté ses condoléances à la famille et aux collègues de l’agent tué et souhaité un rétablissement rapide au blessé.
Cette composition de forces dit beaucoup du fonctionnement de la sécurité au Nigeria. La Constitution fédérale ne reconnaît qu’une seule police, placée sous l’autorité d’Abuja : un gouverneur d’État ne commande pas les policiers déployés sur son territoire. Pour combler ce vide, plusieurs États du Sud-Est et du Sud-Ouest ont créé leurs propres corps de surveillance, comme Agunachamba dans l’Anambra, qui n’ont pas de pouvoir de police au sens constitutionnel mais servent d’appoint et de relais local. La question d’une police d’État figure depuis des années parmi les réformes réclamées par les gouverneurs, sans que le Parlement fédéral ne l’ait tranchée.
Ogbaru, secteur de criques et de forêts marécageuses au sud d’Onitsha, sur le fleuve Niger, offre à ces groupes des refuges difficiles d’accès. Les autorités de l’Anambra y conduisent régulièrement des opérations de ce type depuis la dégradation sécuritaire qui touche le Sud-Est nigérian.
Le camp n’existe plus. Reste ce que le communiqué ne dit pas : à quel groupe appartenaient les hommes tués, et combien ont pris la fuite. La police annonce qu’elle poursuivra ces opérations fondées sur le renseignement et demande aux habitants de continuer à lui transmettre des informations.