Mahamadou Boré, chef du secteur agricole de Bankass, dans le centre du pays, situe précisément l’accident de la campagne. « La pluie s’est arrêtée pendant 17 à 18 jours. Cela a coïncidé avec la montaison et l’épiaison de certaines cultures, ce qui a joué sur les rendements », indique-t-il. Dans cette zone, les producteurs récoltent encore le mil, le sorgho, le fonio et l’arachide. Les rendements seraient inférieurs à ceux de la campagne précédente, sans qu’aucun chiffre de production n’ait été communiqué.
Le tableau change à quelques centaines de kilomètres au sud. Dans la région de Sikasso, Sibiri Sanogo, vice-président de la Chambre d’agriculture, estime à environ 90 % la part du maïs déjà récoltée et à 80 % celle du riz. Le coton, lui, atteindrait près de 70 %. Les producteurs en sont à l’ensachage et au stockage pour le maïs et le riz, précise-t-il à Bamada.net.
Ces pourcentages ne sont pas anodins pour la région. Sikasso est le bassin cotonnier du pays, et le coton reste la première culture d’exportation de l’agriculture malienne, loin derrière l’or dans l’ensemble des recettes extérieures. Un rythme de récolte traduit rarement à lui seul le volume final : il dit surtout si les champs se vident avant les premières chaleurs et si les hangars suivent.
Plus au nord, les producteurs de la plaine d’Amadia, près de Tombouctou, attendaient encore de commencer leurs récoltes au cours du mois de novembre. Oumar Hamadoun, exploitant agricole, énumère ce qui a pesé sur sa campagne : l’eau d’abord, le carburant ensuite, les engrais enfin. « On avait un problème d’adduction d’eau dû à la cherté du gasoil. Les canalisations étaient dégradées. La cherté de l’engrais nous a également impactés. Mais, Dieu merci, on voit que le riz commence à produire », déclare-t-il.
Le riz irrigué vit du gasoil. Les motopompes qui alimentent les périmètres du fleuve tournent au carburant, et chaque hausse du prix à la pompe se répercute directement sur le coût du mètre cube d’eau amené dans les casiers, donc sur le revenu du producteur. Le texte ne donne ni le prix du litre à Tombouctou, ni celui du sac d’engrais, ni le niveau des subventions publiques sur les intrants.
À Douentza, le cycle est déjà clos. Les producteurs y ont achevé les récoltes de mil et de sorgho au cours du mois d’octobre 2026. D’une localité à l’autre, les calendriers varient selon les cultures, les dates de semis et les conditions climatiques, ce qui étale la mise en marché sur plusieurs semaines et pèse, d’ordinaire, sur les prix pratiqués dans les marchés de collecte.
Reste la question que ces constats de terrain laissent ouverte : des rendements en baisse dans le centre seront-ils compensés par les bons taux de récolte du sud ? La réponse viendra des évaluations officielles de production, dont aucune date de publication n’a été annoncée. À Tombouctou, les premiers sacs de riz attendent encore. Novembre dira ce qu’ils pèsent.