Dix-neuf boulangeries de Nouakchott ont dû baisser le rideau sur décision du ministère du Commerce, à l’issue d’une tournée de contrôle menée dans les trois wilayas qui découpent la capitale mauritanienne. Les équipes du ministère disent viser la spéculation et les pratiques de monopole, à l’origine selon elles d’une hausse injustifiée du prix du pain. Le ministère a rappelé à la Fédération des boulangers son obligation de s’en tenir aux tarifs arrêtés avec le ministère de l’Industrie et des Mines. La durée des fermetures n’a pas été précisée.
La profession conteste. Interrogé par RFI, le président de la Fédération des boulangers, Abderrahmane Ould Saad Bouh, assure que rien n’a bougé : « Nous démentons toute augmentation du prix du pain. Le prix que nous avions fixé avec le ministère de l’Industrie et des Mines est toujours maintenu, c’est-à-dire 100 ouguiyas pour la baguette de 210 grammes. » Selon lui, les établissements sanctionnés dimanche 1er novembre « n’ont rien fait de mal ».
Le différend porte sur un format. Certaines boulangeries ont mis en vente une miche de 400 grammes à 200 ouguiyas, une formule qui « répond aux normes fixées par le ministère », affirme le responsable, qui y voit « une initiative qui a été mal interprétée ». Rapporté au gramme, l’écart est mince mais réel : la baguette revient à un peu moins de 0,48 ouguiya le gramme, la miche à 0,50, soit environ 5 % de plus. Assez, visiblement, pour que les contrôleurs y lisent un contournement du tarif administré.
L’affaire met aussi en lumière un partage de compétences inhabituel : le prix du pain est négocié avec l’Industrie et les Mines, mais sanctionné par le Commerce. Le boulanger, lui, n’a qu’un interlocuteur à la fois, et deux administrations à satisfaire.
Côté consommateurs, la fermeté du ministère est bien accueillie. Mohamed Elsé, président de la Coordination des associations de consommateurs, replace la baguette dans un panier qui se renchérit : « Il y a des augmentations un peu partout sur le gasoil, sur l’essence, la cherté de la vie en général », observe-t-il, avant d’ajouter que lorsque le pain augmente, « cela a une grande répercussion ».
Rien d’étonnant à cette vigilance. En Mauritanie comme dans l’ensemble du Sahel et du Maghreb, le pain reste le produit dont le prix se discute en premier, parce qu’il entre dans la consommation quotidienne des ménages urbains et parce qu’il dépend d’un blé presque entièrement importé. Le boulanger, lui, achète sa farine, son gaz et son carburant à des prix qu’il ne fixe pas, et vend à un prix qu’il ne fixe pas davantage. L’écart entre les deux se comble difficilement.
La Fédération dit attendre une rencontre avec les autorités pour exposer les difficultés du secteur. Aucune date n’a été communiquée. Reste à savoir ce qui sera mis sur la table : le format de la miche, ou le coût de la farine.