Quinze conteneurs ont commencé à sortir du port franc de Monrovia mercredi 28 octobre, selon le ministère de l’Agriculture, dirigé par J. Alexander Nuetah. Les vingt-sept autres doivent suivre dans les jours qui viennent. Le ministère présente cette cargaison comme la dernière d’un don agricole chinois échelonné, et l’inscrit dans sa politique de mécanisation des exploitations.
L’objectif affiché est connu : produire davantage sur place et acheter moins à l’étranger. Le ministère dit vouloir faire passer l’agriculture libérienne de pratiques largement traditionnelles à des systèmes plus productifs et commercialement viables, en soutenant les producteurs et en réduisant la dépendance du pays aux importations alimentaires.
Reste la part d’inconnu. Le ministère n’a précisé ni la nature exacte des machines, ni leur coût, ni les modalités selon lesquelles elles seront mises à la disposition des agriculteurs : cession, location, affectation à des coopératives ou à des stations publiques. Ce point n’est pas secondaire. Dans la sous-région, la mécanisation bute moins sur le nombre de tracteurs livrés que sur ce qui vient après : le carburant, les pièces détachées, les ateliers de réparation et les mécaniciens formés. Un engin immobilisé faute de filtre coûte plus cher qu’il ne rapporte.
L’agriculture occupe une place centrale dans l’économie libérienne, pour l’emploi rural comme pour la sécurité alimentaire, rappelle FrontPage Africa. Le riz, aliment de base, est en grande partie importé, ce qui expose les ménages urbains de Monrovia aux variations des cours mondiaux et du fret. Chaque point de production nationale gagné pèse donc directement sur la facture d’importation et sur le prix du sac au marché.
Le don s’inscrit dans la coopération agricole entre Monrovia et Pékin, qui associe équipements et transfert de technologie. La Chine fournit depuis plusieurs années du matériel agricole à des pays d’Afrique de l’Ouest, selon des formules qui mêlent dons, crédits concessionnels et envoi de techniciens. Le ministère libérien n’a pas indiqué si cette livraison s’accompagnait d’un volet de formation ou de maintenance.
La phase suivante sera la plus observée : le déploiement des machines vers les comtés et leur utilisation effective par les exploitants. Qui en disposera, et à quel prix ? Le port n’est pas le champ.