« Chaque cedi a déjà une tâche qui l’attend », a déclaré le ministre des Finances devant les ministres régionaux et les chefs d’exécutifs métropolitains, municipaux et de district. Cassiel Ato Forson a égrené la liste : « Il peut acheter des médicaments, réparer une salle de classe, curer un caniveau, améliorer un marché ou entretenir une piste rurale. » Puis vient l’envers du décor. « Quand un cedi est gaspillé, laissé non collecté ou mal dépensé, quelqu’un, quelque part, perd un service », a-t-il ajouté, estimant que le pays n’a pas les moyens de gaspiller ses ressources publiques.
La rencontre s’est tenue à Tamale, chef-lieu de la région du Nord. Elle portait sur le rapport 2025 de l’Auditeur général et réunissait, sous l’intitulé « Recovering Every Cedi », les responsables chargés d’exécuter le budget au plus près des habitants, avec un objectif affiché : resserrer la discipline financière des collectivités, améliorer le respect des règles et garantir que les fonds servent strictement l’usage prévu.
Recovering Every Cedi » ne peut pas rester un simple slogan sur la banderole d’aujourd’hui. Cela doit devenir une manière de travailler : collecter ce qui est dû ; protéger ce qui est collecté ; dépenser ce qui est approuvé ; rendre compte de ce qui est dépensé ; recouvrer ce qui est dû ; et empêcher que cela se reproduise.
Cassiel Ato Forson, ministre des Finances du Ghana
Pour le ministre, rendre des comptes ne se réduit pas au respect des règles d’audit : il s’agit de protéger des services qui touchent directement la vie des habitants, écoles, routes, centres de santé, marchés, réseaux de drainage et équipements de proximité. L’argent public doit se voir dans les communes. Il a donc demandé aux ministres régionaux, aux chefs d’exécutifs locaux et aux directeurs de coordination de prendre au sérieux les constats des auditeurs, de récupérer les sommes lorsque c’est nécessaire, de combler les failles et de renforcer les contrôles internes.
Au Ghana, l’Auditeur général passe chaque année en revue les comptes des ministères, des agences publiques et des assemblées de district, avant de transmettre son rapport au Parlement, où la commission des comptes publics l’examine en séance ouverte. La Constitution lui donne un levier rarement actionné jusqu’au bout : rejeter une dépense irrégulière et en réclamer le remboursement au responsable qui l’a engagée. Le montant des irrégularités relevées dans le rapport 2025 n’a pas été précisé lors de la rencontre de Tamale.
Six ministres régionaux ont fait le déplacement, d’après 3News : Ali Adolf John (Northern), Salisu Be-Awuribe Issifu (Savannah), Ibrahim Tia (North East), Puozuing Charles Lwanga (Upper West), John Kwadwo Gyapong (Oti) et Akamugri Donatus Atanga (Upper East). Le nord du pays était donc très largement représenté. Ce sont ces régions qui dépendent le plus des transferts de l’État pour financer pistes rurales, marchés et dispensaires, et qui pâtissent le plus vite d’une recette locale non collectée.
Combien sera réellement récupéré ? Le discours de Tamale ne le dit pas. La réponse se lira dans le prochain rapport de l’Auditeur général, et dans les sommes que les assemblées de district auront effectivement remises dans les caisses d’ici là.