Cent quarante cuves en service, cinq mille visées. L’écart résume l’ambition du programme que prépare le Togo, soit une multiplication du parc par plus de trente. Plus des deux tiers des installations existantes datent des années 2020 à 2023. Près de la moitié se trouvent dans la région Maritime, celle de Lomé, et un quart dans les Savanes, à l’extrême nord du pays.
Le principe tient en peu de chose : une cuve fermée, remplie de déchets organiques, bouse de vache, fientes de volaille, restes de cuisine ou résidus de récolte. Privée d’oxygène, la matière fermente sous l’action de bactéries et dégage du biogaz, utilisable pour cuisiner ou pour produire de l’électricité. Au fond de la cuve subsiste un résidu, liquide ou solide, que l’exploitant épand dans ses champs comme engrais.
Une délégation de l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB-AOC), qui réunit huit pays dont le Togo, séjourne à Lomé pour accompagner cette démarche. Son président du conseil d’administration, Malik Gaye, relie la technologie à l’encombrement des villes du continent. « La plupart de nos villes ont des déchets souvent sauvages. Face à ce problème, le biodigesteur reste le dispositif approprié », a-t-il déclaré selon Togonews.
L’intérêt économique du dispositif tient à ce double produit. Dans un ménage agricole ouest-africain, le combustible de cuisson et la fertilisation des parcelles pèsent chacun sur la trésorerie : le bois et le charbon de bois dominent toujours les foyers, tandis que l’engrais minéral consommé dans la région est très majoritairement importé, donc payé en devises et exposé aux variations du marché mondial. Un biodigesteur substitue à ces deux dépenses une ressource produite sur l’exploitation, à condition de disposer d’un cheptel ou d’un flux régulier de matière organique.
Reste l’équation du financement, que le programme n’a pas encore résolue. Ni le coût unitaire d’une cuve, ni l’enveloppe globale, ni le calendrier de déploiement n’ont été communiqués. C’est pourtant là que se joue la différence entre une filière et une vitrine : l’investissement initial, son mode de subvention et l’entretien des installations déterminent le nombre de cuves encore en service cinq ans après la pose.
Qui paiera les cinq mille biodigesteurs ? La question attend sa réponse à Lomé, et elle se pose dans les mêmes termes aux sept autres membres de l’alliance.