Dix années de budgets de l’État passées au crible, et une comparaison avec d’autres pays du Sahel : c’est la matière de « Financement de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso : Économie politique d’une résilience nationale », signé par Youssouf Ouattara, administrateur civil et spécialiste des finances publiques. L’ouvrage a été dédicacé le 21 mai 2026 à Ouagadougou. Son auteur en a détaillé les conclusions sur le plateau de lefasoTV.
Sa thèse tient en une idée : depuis 2023, le pays a mobilisé des centaines de milliards de francs CFA par des mécanismes internes, en dépassant souvent les objectifs annuels qu’il s’était fixés, écrit-il. L’auteur décrit une contribution diffuse, alimentée par les gestes ordinaires de la vie quotidienne, plus que par l’aide extérieure. Le détail des montants annuels et leur répartition ne sont pas précisés dans la présentation de l’ouvrage faite par Lefaso.net.
Le point de départ chronologique n’est pas anodin. C’est en 2023 que les autorités de la transition ont réorienté le financement de la sécurité vers des ressources domestiques : prélèvements affectés assis sur la consommation courante, retenues sur les revenus des agents publics, dons en nature et en numéraire. Ce basculement, engagé dans un contexte de refroidissement des relations avec plusieurs bailleurs occidentaux, a déplacé la charge vers le contribuable burkinabè lui-même.
D’où la question que pose l’ouvrage, et qui intéresse bien au-delà des frontières du pays : un État sahélien peut-il payer sa guerre sans dépendre de l’extérieur ? Youssouf Ouattara répond par l’affirmative et fait de la souveraineté budgétaire le socle de la souveraineté politique, selon la présentation de son livre. L’argument circule aussi chez ses voisins de l’Alliance des États du Sahel, confrontés au même arbitrage entre dépenses de sécurité et dépenses sociales.
Reste ce que l’étude, telle qu’elle est présentée, ne chiffre pas publiquement : la part du budget national absorbée par la défense, le coût pour les ménages d’un prélèvement supplémentaire sur le téléphone ou la boisson, l’effet sur des campagnes agricoles déjà perturbées par les déplacements de populations dans le Nord et l’Est. Le rendement d’un impôt se mesure aussi à ce qu’il retire à l’économie réelle.
Quatre mois séparent la dédicace de l’entretien télévisé. Le débat, lui, n’est pas clos. La prochaine loi de finances dira si les objectifs de collecte tiennent encore.