Lamine Sawadogo, conseiller technique du gouverneur de la région du Nando, a ouvert la rencontre au nom de ce dernier. Le forum régional des affaires s’inscrit dans le projet de renforcement de l’influence des organisations paysannes pour des systèmes alimentaires résilients et équitables, dit PROSIRE, porté par Trias et la Confédération paysanne du Faso (CPF) avec le soutien financier du ministère allemand de la Coopération économique au développement, la BMZ, dans le cadre du programme AgriCord 2023-2027.
Le thème était posé comme une question : « Innovations technologiques et sécurité alimentaire au Burkina Faso, quelles synergies ? » Deux jours pour rapprocher ceux qui conçoivent les solutions et ceux qui les achètent, ou pas.
La liste des obstacles énumérés par les organisateurs ne surprendra aucun exploitant du centre-ouest burkinabè : dégradation des terres, maîtrise insuffisante de l’eau, accès limité aux systèmes d’irrigation innovants, équipements inadaptés, difficultés d’accès aux intrants et au financement, pertes après la récolte, débouchés commerciaux étroits. Autant de verrous qui pèsent sur le revenu avant même que la question technologique ne se pose.
Le représentant du gouverneur a défendu le choix d’un format tourné vers les affaires plutôt que vers la seule démonstration. « Nous devons favoriser les rencontres entre les organisations de producteurs et les entreprises technologiques, les producteurs et les institutions financières, les chercheurs et les entrepreneurs, les fournisseurs de technologies et les utilisateurs finaux », a déclaré Lamine Sawadogo, qui a résumé l’enjeu en une formule : « produire autrement, transformer davantage, mieux conserver et mieux organiser la commercialisation ».
Côté paysan, la prudence domine. Une innovation ne vaut que si elle répond à un besoin réel et reste économiquement supportable pour l’exploitation, a fait valoir Assane Sam, secrétaire général de la CPF, qui représentait le président de la confédération. « Il nous faut passer d’une logique de projets isolés à une dynamique de mise à l’échelle des innovations éprouvées et développées à partir des savoirs endogènes », a-t-il ajouté, plaidant pour que les organisations paysannes participent à la conception des solutions, et pas seulement à leur réception.
Aboubacar Sidiki Dao, ingénieur de recherche et chef de service production à l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT), a fait état de plusieurs avancées dans la transformation des produits agricoles et invité les transformateurs à se rendre dans les locaux de l’institut.
Reste la question que ce type de rendez-vous tranche rarement : qui paie l’équipement ? Un batteur, une unité de séchage ou un kit d’irrigation goutte à goutte se négocient en centaines de milliers de francs CFA, hors de portée d’une exploitation familiale sans crédit adapté. Le montant du projet PROSIRE, comme le coût des technologies présentées à Koudougou, n’a pas été rendu public. Dans un pays où le secteur agro-sylvo-pastoral emploie l’essentiel de la population active rurale et où l’insécurité a déplacé des centaines de milliers de producteurs, l’écart entre le prototype de laboratoire et le champ reste la vraie distance à parcourir.
Le programme qui finance l’opération court jusqu’en 2027. D’ici là, les signatures passées entre producteurs et fournisseurs diront ce que valait le forum. Les stands, eux, ont déjà été démontés.