Des bourbiers qui piègent les véhicules, des ravins qui coupent la chaussée, des ouvrages de drainage trop rares pour absorber les pluies : la société civile locale a décrit cet état de la route vendredi 30 octobre 2026. Depuis plusieurs semaines, des usagers affirment qu’un trajet autrefois bouclé en trois à quatre heures leur prend parfois la journée. Certains dorment en route.
À cela s’ajoute l’arrêt de l’entretien manuel. Les cantonniers affectés à l’axe, ces ouvriers qui rebouchent les nids-de-poule et dégagent les fossés à la pelle et à la pioche, ont cessé leurs activités après plusieurs mois sans rémunération. La société civile demande que la gestion de la route revienne à un opérateur doté des moyens techniques et financiers nécessaires à sa réhabilitation et à son entretien régulier.
L’opérateur actuellement chargé de la maintenance fait état de difficultés, qu’il attribue à l’insuffisance de ses moyens financiers et aux pannes à répétition de ses engins, selon Radio Okapi. Il dit avoir pris des dispositions pour relancer les travaux de réhabilitation dans les prochaines semaines, sans calendrier précis. Ni son nom ni l’origine des financements de l’entretien ne sont indiqués.
Le coût de cette dégradation, lui, se compte en paniers et en sacs. La route sert à évacuer les productions du groupement de Banande-Kainama vers les centres de consommation. Quand un camion met une journée au lieu d’une demi-journée, le transporteur répercute le carburant, l’usure et le temps perdu sur le prix payé au producteur : c’est l’agriculteur, en bout de chaîne, qui absorbe la différence, et les denrées périssables qui arrivent abîmées ou n’arrivent pas.
L’axe n’a pas qu’une fonction vivrière. Il relie le Nord-Kivu à l’Ituri en passant par le sud du territoire d’Irumu, dans une région de l’est congolais où chaque kilomètre praticable compte pour la circulation des personnes autant que pour celle des marchandises. Une piste qui se referme, ce sont des villages qui s’éloignent des marchés.
Reste la question que pose la société civile de Beni : à quoi sert de promettre une réhabilitation si les hommes qui entretiennent la route à la main ne sont pas payés ? Les engins, eux, attendent des pièces. Les pluies, elles, n’attendent pas.