Le général Mamasaliu Embalo perd l’Intérieur. Petit frère de l’ancien président Umaro Sissoco Embalo, il quitte un ministère qui tient, à deux mois du scrutin, les leviers de l’organisation du vote et de l’encadrement sécuritaire de la campagne. Virginia Maria da Cruz Godinho Pires Correia, réputée proche d’un ténor du régime Embalo, quitte pour sa part la Pêche et l’Économie maritime.
Le décret pourvoit aussitôt les deux postes. Antonio Suca Ntchama revient à l’Intérieur, ministère qu’il avait déjà dirigé en 2013. Fidelis Forbs, jusqu’alors conseiller du Premier ministre de transition Ilídio Vieira Té, hérite de la Pêche.
Les deux portefeuilles sont stratégiques. L’un parce que la junte s’est engagée à organiser une présidentielle le 6 décembre pour rétablir l’ordre constitutionnel ; l’autre parce que la pêche pèse plus de 5 % du produit intérieur brut bissau-guinéen et constitue l’un des piliers de l’économie nationale, avec les droits d’accès versés par les flottes étrangères qui opèrent dans les eaux du pays.
Pour les communautés de pêcheurs de l’archipel des Bijagos et des quais de Bissau, la question n’est pas protocolaire : le ministère délivre les licences, fixe les règles de débarquement et négocie les accords qui déterminent qui prélève la ressource. Un changement de titulaire, en pleine transition, change les interlocuteurs d’une filière qui fait vivre des dizaines de milliers de foyers.
Ces remaniements interviennent quelques jours après que la junte a interdit à Umaro Sissoco Embalo de rentrer à Bissau, dimanche 4 octobre. L’ancien président s’est déclaré candidat au scrutin du 6 décembre. Il n’a, pour l’heure, pas pu revenir sur le territoire.
Faut-il y lire une recomposition méthodique du pouvoir ? RFI Afrique cite un connaisseur des rouages politiques bissau-guinéens, qui n’est pas nommé, pour qui ces nominations marquent une nouvelle étape d’une recomposition institutionnelle dont le centre serait occupé par le Premier ministre Ilídio Vieira Té et le chef d’état-major des forces armées, le général Tomas Djassi.
La Guinée-Bissau a connu depuis son indépendance une succession d’interruptions brutales du cours politique, et les périodes préélectorales y ont rarement été des moments de stabilité des gouvernements. Rien n’indique pour l’instant que le calendrier du 6 décembre sera modifié.
Reste à savoir qui validera les candidatures, et selon quels critères. Umaro Sissoco Embalo, lui, attend toujours de pouvoir rentrer.