Des milliers d’hectares de terres cultivables, environ 850 kilomètres de littoral : l’inventaire dressé par l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT) décrit une région dotée de ressources agricoles et maritimes considérables. Le document, présenté dans le cadre du Programme d’accélération et de compétitivité de l’emploi (PACE), estime que ce socle peut nourrir davantage de richesse et davantage d’emplois qu’aujourd’hui.
Mais l’étude ne s’arrête pas au potentiel. Elle identifie trois freins : l’enclavement de la région, la faible valeur ajoutée de l’agriculture et le poids de l’informalité dans l’activité économique. Trois contraintes qui se tiennent, et qui expliquent pourquoi une terre fertile ne se traduit pas mécaniquement en revenus pour ceux qui la travaillent.
L’enclavement est d’abord une affaire de géographie. La Casamance est séparée du reste du Sénégal par le territoire gambien, et ses échanges avec Dakar dépendent de la route traversant la Gambie, du pont sur le fleuve Gambie ouvert en 2019, et de la liaison maritime entre le port de Dakar et celui de Ziguinchor. Chaque rupture de charge, chaque attente à un poste frontalier, chaque rotation manquée du bateau se paie sur le prix final du sac de riz, du carton de mangues ou de la caisse de poisson.
La faible valeur ajoutée agricole, elle, renvoie à un constat ancien dans la région : les productions partent brutes. Riz, mangue, anacarde, produits de la pêche et de la cueillette quittent souvent Ziguinchor sans transformation, et la marge se capte ailleurs, chez les intermédiaires, les exportateurs ou les industriels. L’étude ne chiffre pas la part transformée localement, filière par filière.
Reste l’informalité. Une activité non déclarée, c’est un producteur ou une commerçante sans accès au crédit bancaire, sans contrat opposable, sans couverture sociale, et une collectivité privée de recettes fiscales pour financer routes et équipements de stockage. Que produit réellement cette richesse pour les habitants ? C’est la question que pose, en creux, le travail de l’agence publique chargée de l’aménagement du territoire.
Le cadre choisi n’est pas neutre. En rattachant ce diagnostic au PACE, programme centré sur l’emploi et la compétitivité, les auteurs placent la question dans le champ productif plutôt que dans celui de l’assistance. Aucun calendrier de mise en œuvre, ni enveloppe budgétaire, n’a été communiqué à ce stade.
La suite se jouera sur les décisions concrètes : unités de transformation, pistes de désenclavement, formalisation des petites entreprises. Le diagnostic est posé. Ziguinchor attend désormais qui le finance.