Vingt-quatre établissements pour le Sénégal, vingt-trois pour la Côte d’Ivoire, quatorze pour le Mali. Sur la liste arrêtée au 31 juillet 2026, Dakar devance ses voisins de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui regroupe huit pays partageant le franc CFA. On y trouve des banques commerciales, Ecobank, UBA ou la CBAO, des acteurs de la finance mobile comme Orange Finances Mobiles et Mobile Cash SA (Mixx Sénégal), des institutions de microfinance telles qu’UM-PAMECAS ou Baobab. Un nom manque.
La Plateforme interopérable du système de paiement instantané, le PI-SPI, a été lancée le 30 septembre 2025 à Dakar, en présence du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba et du gouverneur de la BCEAO Jean-Claude Kassi Brou. Chaque opérateur garde son système, mais tous dialoguent par un protocole commun, la Banque centrale jouant le rôle de chambre de compensation. Pour l’usager, cela signifie envoyer ou recevoir de l’argent avec un simple numéro de téléphone ou un alias, d’un compte Orange Money vers un compte Mixx Sénégal ou vers une banque, en moins de dix secondes. Le service est gratuit pour les particuliers au niveau national. Les encaissements demandaient jusqu’à quarante-huit heures auparavant. Les commerçants, eux, peuvent accepter tous les paiements avec un seul QR code normalisé.
Le déploiement avance par à-coups. Quarante-cinq établissements étaient prêts le jour du lancement ; au 2 avril 2026, quatre-vingts participants étaient effectivement raccordés et quarante-deux poursuivaient leurs tests techniques. La BCEAO avait fixé au 30 juin 2026 la connexion obligatoire de toutes les institutions financières de l’Union. Le 25 juin 2026, cinq jours avant l’échéance, elle a repoussé la date au 30 septembre 2026 pour les banques, les émetteurs de monnaie électronique et les établissements de paiement, et au 30 juin 2027 pour la microfinance, invoquant la fiabilité, la sécurité et la qualité du service rendu aux usagers.
Que dit Wave ? L’opérateur met en avant des prérequis techniques encore en cours de finalisation et affirme n’avoir reçu jusqu’ici que des informations préliminaires sur la procédure d’intégration, selon Dakaractu. Une dérogation lui aurait été accordée pour achever certains travaux. L’entreprise rappelle aussi que, comme assujettie au dispositif, elle n’est pas maîtresse du calendrier : la mise à l’échelle relève de la Banque centrale.
Reste la question que se posent les professionnels du secteur. Le PI-SPI rend l’envoi d’argent gratuit entre particuliers à l’intérieur d’un pays, quand le modèle de Wave repose historiquement sur la facturation du transfert. Pourquoi un client paierait-il un envoi qu’il peut faire sans frais, vers n’importe quelle banque ou n’importe quel portefeuille de la zone ?
D’où plusieurs hypothèses, discutées dans la presse spécialisée et rapportées par le site sénégalais, mais qu’aucun acteur n’a confirmées. Wave pourrait rejoindre la plateforme non comme émetteur de monnaie électronique, statut particulier dans certains pays de la zone, mais par sa nouvelle entité bancaire, Wave Bank Africa. Elle pourrait aussi déplacer sa tarification vers le retrait, aujourd’hui gratuit et argument commercial central face à Orange Money ou Mixx. Une bascule lourde, puisque l’opérateur ne s’appuie pas sur un réseau d’agents comparable à celui de ses concurrents.
L’argument inverse circule tout autant : d’autres émetteurs prélevaient des commissions de l’ordre de 1 % sur les transferts avant de rejoindre le dispositif et d’y renoncer. S’ils ont franchi le pas, Wave le pourrait aussi. Et le temps joue contre l’attentisme : un utilisateur qui relie son compte à une banque et passe par l’application de la Banque centrale échappe à toute commission, quel que soit le montant envoyé.
Le compte à rebours court. Au 30 septembre 2026, banques et émetteurs de monnaie électronique de l’Union devront être raccordés. La BCEAO n’a pas indiqué ce qu’elle ferait des retardataires.