Écrire son numéro de téléphone sur une coupure, plier plusieurs fois un billet pour le glisser dans une caisse d'offrandes, exiger une commission pour échanger des billets neufs contre des coupures usagées : ces gestes, courants dans les huit pays de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA), relèvent d'infractions à la réglementation monétaire, a rappelé la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Dakar, selon Lefaso.net.
L'avertissement a été délivré lors d'un séminaire destiné aux journalistes économiques de l'union, organisé les 21 et 22 juillet 2026. Thierry Ahouanvoedo, chef du Service des analyses et de la production fiduciaire de l'institution, y a présenté le volet le moins connu de la loi uniforme relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires, adoptée par le conseil des ministres de l'union lors de sa session des 24 et 25 juin 2016 à Lomé.
« Il y a des actes que nous posons et on n'a pas idée qu'effectivement ce sont des actes pour lesquels on peut être sanctionné »
Thierry Ahouanvoedo, chef du Service des analyses et de la production fiduciaire de la BCEAO
Reproduction et publicité soumises à autorisation
Premier point souligné devant la presse : la reproduction, totale ou partielle, d'un billet ou d'un autre signe monétaire, quel que soit le procédé employé, suppose une autorisation préalable de la BCEAO. La règle vaut aussi pour les rédactions, les éditeurs et toute personne souhaitant publier l'image d'une coupure. Illustrer un article avec un billet de 2 000, 5 000 ou 10 000 francs CFA, en particulier dans un format proche de l'original, n'est donc pas un simple choix graphique, rapporte Lefaso.net.
L'exposition, la distribution, l'importation ou l'exportation de telles reproductions, y compris par voie de journaux, de livres ou de prospectus, relèvent du même régime d'autorisation. L'usage publicitaire des billets est également encadré. La banque centrale vise notamment certaines activités de change tentées d'utiliser la représentation de coupures pour attirer la clientèle, avec le risque d'entretenir une confusion ou de banaliser l'usage de la monnaie.
Un billet marqué ne revient pas en circulation
L'exemple le plus concret donné par le responsable de la BCEAO concerne l'habitude d'inscrire un numéro de téléphone sur une coupure avant de la remettre à quelqu'un, afin que le bénéficiaire puisse retrouver le donateur. Une fois marqué ou surchargé, le billet ne répond plus aux critères de qualité exigés pour être réémis.
« Lorsque ce billet revient à la Banque centrale, il ne peut plus ressortir »
Thierry Ahouanvoedo
La détérioration, le maculage ou la surcharge volontaire d'un signe monétaire, lorsqu'ils le rendent impropre au paiement, sont passibles de sanctions, dont la nature et le montant n'ont pas été précisés lors du séminaire. Chaque coupure retirée prématurément se traduit par des billets supplémentaires à remplacer et à traiter, donc par des charges accrues pour l'entretien de la circulation fiduciaire. Le pliage répété, la teinture, l'agrafage ou l'écriture accélèrent cette usure. Thierry Ahouanvoedo a cité le cas de caisses métalliques à ouverture étroite utilisées dans des lieux de culte, qui contraignent les fidèles à plier plusieurs fois leurs billets.
Autre pratique dénoncée : le prélèvement d'une commission lors d'échanges entre particuliers. Un détenteur de billets neufs ou de petites coupures peut proposer de les céder contre une somme équivalente tout en réclamant un supplément, au motif que ces billets seraient difficiles à obtenir. L'argument ne tient pas, selon le responsable de la BCEAO, lorsque les coupures ont été retirées normalement auprès d'une banque, sans frais. Transformer un échange en gain indu est également sanctionné.
Les pièces sont aussi concernées. Conserver durablement des pièces de 5 ou 10 francs CFA à domicile ou les détourner en objets décoratifs, par exemple au fond d'un pot de fleurs, paraît sans conséquence au vu de leur faible valeur. Mais lorsque des milliers d'entre elles sortent des échanges, elles se raréfient et compliquent les transactions quotidiennes, a fait valoir l'institution, qui appelle banques, établissements financiers, trésors publics et usagers à partager la responsabilité de la qualité de la monnaie. De son côté, la BCEAO indique conduire depuis 2001 un programme de mécanisation de ses opérations de caisse.

