En trois jours, Algassimou Diallo est passé du sommet du parquet guinéen à la sortie définitive du corps judiciaire. Le vendredi 21 août 2026, le président Mamadi Doumbouya a signé un décret entérinant sa révocation de la magistrature, prononcée la veille par le Conseil supérieur de la magistrature, rapporte Guineematin. L'intéressé occupait jusque-là les fonctions d'avocat général près la Cour suprême.
Un second acte, rendu public le même soir, lui retire le grade de Commandeur de l'Ordre national du Mérite de la République de Guinée, selon Mosaïque Guinée et Africa Guinée. Cette distinction lui avait été attribuée à l'issue du procès des massacres du 28 septembre 2009, au cours duquel il avait tenu un rôle central comme procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn.
Une cascade de sanctions en une semaine
La procédure s'est enchaînée à un rythme rapide. Le 18 août 2026, le ministre de la Justice et des Droits de l'Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, avait signé un arrêté suspendant le magistrat de ses fonctions pour manquement à ses obligations statutaires, indique Bamada. Le Conseil supérieur de la magistrature s'est ensuite prononcé le 20 août, avant l'intervention du chef de l'État le lendemain.
Pour justifier ces mesures, la présidence invoque des manquements aux obligations particulières de réserve, d'honneur, de dignité, de probité et de loyauté qui s'imposent aux magistrats, selon les termes rapportés par Guineematin. Ces obligations statutaires encadrent la parole publique et privée des juges et procureurs, tenus à une neutralité renforcée en raison de leurs fonctions.
Un enregistrement audio à l'origine de l'affaire
À l'origine des ennuis de l'ancien magistrat figurerait un enregistrement audio qui lui est attribué. Dans cette bande, il échangerait des propos jugés compromettants avec une personne présentée comme l'opposant guinéen Cellou Dalein Diallo, rapporte Guineematin. Ni l'authenticité de l'enregistrement ni l'identité réelle des interlocuteurs n'ont été confirmées par une expertise rendue publique.
Les sources consultées ne font état d'aucune réaction publique d'Algassimou Diallo depuis sa suspension, ni d'aucune procédure pénale ouverte à ce stade. Les voies de recours éventuelles contre la décision du Conseil supérieur de la magistrature n'ont pas été précisées.
Le procès des massacres du 28 septembre 2009, ouvert à Conakry pour juger les violences commises dans un stade de la capitale, avait constitué un moment marquant pour la justice guinéenne. Les magistrats qui l'avaient conduit y avaient gagné une visibilité nationale, dont témoignait précisément la décoration aujourd'hui retirée.



