Les engins ne s'arrêteront pas, du moins pas encore. Le chef de la Cour suprême des États-Unis, John Roberts, a signé vendredi une ordonnance temporaire permettant la poursuite de la construction de la salle de bal voulue par Donald Trump à la Maison Blanche, rapporte The Guardian. Cette décision met en pause l'échéance fixée par une cour d'appel, qui avait ordonné l'interruption d'une large part du chantier pendant l'examen d'un recours en justice.
La mesure n'est pas un jugement sur le fond. Dans la procédure américaine, une ordonnance de ce type, dite « administrative », gèle simplement la situation existante afin de laisser aux juges le temps d'étudier une demande d'urgence. La Cour suprême doit encore se prononcer sur l'appel déposé par l'administration Trump contre la décision de la juridiction inférieure.
Le Congrès doit-il donner son accord ?
La cour d'appel avait estimé plus tôt ce mois-ci que le projet nécessitait probablement une autorisation du Congrès avant de se poursuivre. L'administration soutient l'inverse : selon elle, l'autorité sur les aménagements de la Maison Blanche appartient au président, et non au Parlement ni aux tribunaux. Le ministère de la Justice a également fait valoir que laisser le site en l'état, celui d'un chantier ouvert, compliquerait la protection de la résidence présidentielle.
Devant la Cour suprême, l'exécutif a présenté la construction comme essentielle à la sécurité nationale et à la protection du chef de l'État. Mardi, le National Trust for Historic Preservation, organisation de défense du patrimoine à l'origine d'une action en justice visant à bloquer les travaux, avait au contraire demandé aux juges d'en ordonner la suspension.
Un ensemble de 8 400 mètres carrés et un complexe souterrain
Le projet porte sur une salle de bal de 90 000 pieds carrés, soit environ 8 400 mètres carrés, et s'inscrit dans un ensemble de transformations de la capitale fédérale voulues par le président. Il a déjà entraîné la démolition de l'aile Est de la Maison Blanche. Selon Al Jazeera, l'administration évalue le coût du chantier à 400 millions de dollars et le justifie par des impératifs de sécurité nationale.
Les travaux comprennent aussi une installation militaire enterrée, présentée par l'exécutif comme nécessaire à la protection du président. Ce bunker doit compter cinq niveaux et abriter des abris, un hôpital et d'autres équipements destinés à mettre à l'abri le chef de l'État et de hauts responsables en cas d'urgence. Des responsables de l'administration affirment que la salle de bal elle-même sera dotée de colonnes résistantes aux missiles et d'une toiture conçue pour parer les drones, afin de servir de bouclier au complexe souterrain et à l'ensemble du site.
Le chantier a démarré il y a dix mois. L'administration affirme qu'il est achevé à environ 65 %. Sur les réseaux sociaux, vendredi, Donald Trump a salué l'ordonnance et défendu le projet : « It is something that Presidents have wanted for 150 years, and that the Military has been seeking for the last 100 years », a-t-il écrit, avant d'ajouter que la construction était « under budget and ahead of schedule », soit en dessous du budget et en avance sur le calendrier. Ces affirmations n'ont pas été corroborées de manière indépendante dans les dépêches consultées.
L'opposition dénonce une décision complaisante
Des élus démocrates ont accusé la Cour suprême, où siège une majorité conservatrice renforcée, de valider sans examen les initiatives du président. Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, a critiqué les priorités budgétaires de l'exécutif : « As costs skyrocket, the administration is wasting money on an endless and illegal war, corporate giveaways and Trump's pet projects », a-t-il déclaré, cité par The Guardian.
Aucun calendrier n'a été communiqué pour la décision de fond de la Cour suprême. Le litige met en jeu une question institutionnelle plus large que le sort d'un bâtiment : la délimitation des pouvoirs entre la présidence et le Congrès sur les dépenses et les transformations du patrimoine fédéral, un équilibre régulièrement soumis à l'arbitrage des juges aux États-Unis.

